Tennis : un Français s’impose à Roland-Garros

1983, le sacre de Yannick Noah

5 juin 1983. Fan de tennis, je me dois d’être devant mon téléviseur ce jour-là pour encourager Yannick Noah, en finale à Roland-Garros, face au tenant du titre le Suédois Mats Wilander. Et je ne suis pas la seule… Huit millions de téléspectateurs suivent la retransmission sur TF1 dans le cadre de Sports Dimanche, présenté par François Janin. Et pour la première fois, la finale est diffusée en direct aux Etats-Unis, sur NBC.

Roland-Garros 1983. Yannick Noah soulève la coupe des Mousquetaires

“50 millions de Noah”, tel est le titre qui barre la une du quotidien sportif L’Equipe la veille de cet ultime rencontre du tournoi parisien. Il est vrai que cela fait trente-sept ans que la France attend qu’un de ses représentants inscrive son nom au palmarès de cette levée du Grand Chelem, succédant ainsi à Marcel Bernard, dernier lauréat français sur la terre battue parisienne.

Aux commentaires, Hervé Duthu. Seul pour une fois. Son complice Jean-Paul Loth, capitaine de l’équipe de France de coupe Davis et directeur technique national, préfère suivre le match depuis une loge au bord du court, aux côtés de Patrice Hagelauer, l’entraîneur de Yannick Noah.

Vidéo : interview de Jean-Paul Loth par Christophe Thoreau dans Tennis Play

L’ambiance est électrique. Dix-huit mille spectateurs ont envahi les tribunes. Le Français, vainqueur d’Ivan Lendl en quarts de finale et de Christophe Roger-Vasselin en demi, gagne le toss et choisit de recevoir. Il survole le premier set. Il l’emporte 6/2 en trente-six minutes. Servant et volleyant à la perfection, il aligne cinq jeux consécutifs. Je me prends à croire le rêve possible.

Yannick Noah entame le deuxième sur le même rythme. Il domine techniquement et tactiquement le Suédois, qui ne parvient pas à imposer son tennis défensif. 5/3 pour le numéro un français après 1h09 ! Le central chavire. Et moi aussi…

C’est le moment que choisit le tenant du titre pour reprendre du poil de la bête. Il débreake et égalise à 5/5. Aïe, aïe, aïe… C’est le moment que choisit aussi Hervé Duthu pour annoncer que la course du tiercé sera diffusée à la fin de ce set et non en direct. Encore une chance ! Allez, Yannick !

Résultat ? Non, pas celui du tiercé, j’ai oublié ! Le Français fait à nouveau le break et gagne le set 7/5. Il n’est plus qu’à un set du sacre tant attendu. Et nous ratons le début de la troisième manche. Je boue et allume la radio ! Cognac-Jay rend enfin l’antenne à Hervé Duthu au bout de dix minutes. Pas trop tôt !

Nous avons raté les deux premiers jeux. Yannick Noah est émoussé physiquement. Il perd son break d’avance. Il est malmené sur chacun de ses jeux de service. Mais il sauve les meubles à chaque fois, grâce, notamment, à des aces et à des smashs, absolument sensationnels. Tiens bon, Yan ! Tu peux le faire !

6/5, Noah, 6e mondial, prend la tête et va servir pour le gain du match. Pour devenir le 5e Français vainqueur des Internationaux de France. C’est alors que Wilander sort trois retours et un passing gagnants pour égaliser. Quelle douche froide ! Tie break ! Rien n’est perdu. Allez !

Il est 17h32. Yannick Noah mène 6 points à 2. Quatre balles de match. Le Suédois réalise un lob incroyable et sauve la première. Yannick Noah sert une bonne première balle. Mats Wilander la frappe comme il peut. La balle s’élève. Yannick Noah se retourne pour la voir sortir des limites du court. Il tombe à genoux. Jeu, set et match pour le Français (6/2 7/5 7/6) ! Ça y est. Quel bonheur !

Le public envahit le central. Yannick Noah sert brièvement la main de son adversaire et oublie Jacques Dorfmann, l’arbitre. Il franchit le filet à la rencontre de son père Zacharie, qui a sauté sur le court depuis sa loge. Le père et le fils s’étreignent. Pour un grand moment d’émotion que je ne suis pas prête d’oublier. La suite leur appartient.

Vidéo : le résumé de la finale

Pour se remémorer les grands moments de ce Roland-Garros

Et lire le tweet de la finale, trente ans après, par Yannick Cochennec