Wimbledon 2008 : une finale majestueuse

Federer/Nadal, duel au sommet

6 juillet 2008, Roger Federer et Rafael Nadal se retrouvent, pour la troisième année consécutive, en finale du tournoi londonien. Le Suisse est en quête d’une sixième victoire de rang, ce qui serait un record. L’Espagnol, de son premier titre dans cette levée du Grand Chelem disputée sur gazon. Tous les ingrédients sont réunis pour un grand match. Cela sera un chef d’oeuvre...

Non abonnée à Canal +, qui détient les droits de retransmission de Wimbledon en France, je loue une chambre dans un hôtel Formule 1 afin de suivre la rencontre. On est fan ou on ne l’est pas. Je le suis. Vamos Rafa !

Installée sur le lit, avec quelques provisions, je suis le match sur un petit écran 36 cm. Peu importe. Cela démarre fort pour l’Ibérique. Il fait le break et mène 2 à 1, service à suivre. Rafael tient bon tous ses jeux de service jusqu’à la fin du set et le gagne 6/4.

Le quintuple tenant du titre ne s’en laisse pas compter et remporte le premier jeu du deuxième set sans perdre un point. Gagner ce match a autant d’importance pour l’un et l’autre de ces deux champions. Cela serait un sixième titre consécutif pour l’Helvète, prouesse jamais réalisée. Quant à Rafa, il aimerait prouver qu’il peut s’imposer sur une autre surface que la terre battue sur laquelle il a déjà, à 22 ans, remporté quatre Roland-Garros.

Survolté, Roger prend le service de Nadal. Et en moins de temps qu’il faut pour l’écrire, il monte son avance à 4/1. Mais l’Hispanique reprend vite le dessus. Federer subit à nouveau sa pression et cela se voit. il crie son irritation de voir son avance fondre comme neige au soleil. Soleil qui ne brille guère au-dessus du central de Wimbledon…

Rafael continue sur sa lancée, il mène 5/4 et c’est à son tour de servir pour mener deux sets à zéro. 30-A. Avant de servir pour un point crucial, Nadal fait rebondir la balle... Longtemps… Comme il en a souvent l’habitude... C’est alors que l’arbitre annonce : “Dépassement de temps : avertissement, monsieur Nadal”. Quoi ? Mais il est fou, cet arbitre. Si l’Espagnol met à nouveau plus de 20 secondes pour servir, c’est point perdu !

Le dauphin du Suisse au classement mondial reste de marbre, pendant qu’une partie du public fait part de son indignation (j’en fais partie depuis ma chambre d’hôtel !). Il sort de sa raquette un coup terrible. Balle de set ! Que le n°1 mondial sauve. Federer se procure par la suite trois balles de break. Toutes sauvées.

Le Taureau de Manacor aligne son cinquième jeu consécutif pour enlever le deuxième set au nez et à la barbe de Roger. Deux sets à zéro ! Je n’en crois pas mes yeux. Encore un set et Rafa devient champion de Wimbledon. Va-t-il réaliser le rêve de sa vie ? Malheureusement, la météo ne s’arrange pas. Le ciel s’assombrit et la pluie menace…

Rafael Nadal, Wimbledon 2008

Le n°1 mondial démarre sur les chapeaux de roue la troisième manche remportant son jeu de service blanc. Il aligne les coups brillants, poussant Rafa dans les cordes. Sur un revers raté, qui donne deux nouvelles opportunités de prendre son service au Suisse, Nadal exprime sa frustration par un cri de rage. Dur, dur…

Nadal fait front. Dans ce sixième jeu, il sauve en tout quatre balles de break. Trois jeux partout. Rien n’est joué. La tension monte d’un cran. Les nuages noirs aussi… La pluie va-t-elle l’emporter remettant la fin du match au lendemain ? Pitié, pas ça…

Rafa mène 0-40 sur le service de Roger. Le public l’encourage : “Vamos Rafael !”. Mais Federer retourne la situation. Et remporte son service sur deux services gagnants. Purée, jamais l’Espagnol n’avait été aussi près de la victoire à Wimbledon.

Les deux joueurs remportent mutuellement leur service facilement. Le Suisse mène 5/4. Et c’est alors que la pluie s’est mise à tomber. Provoquant une interruption de jeu d’une heure. Une heure pendant laquelle j’imagine tous les scénarios possibles pour la fin de match. Dont la plus heureuse pour la fan que je suis : la victoire finale de Rafa.

A la reprise, Rafa entretient deux fois le rêve en sauvant le troisième set sur son service : 5-5 puis 6-6. Tie-break ! Federer sert remarquablement : trois aces et un service gagnant. Nadal laisse passer sa chance de l’emporter en trois sets en perdant le jeu décisif 7 points à 5. Tout reste à faire.

Roger Federer, Wimbledon 2008

La qualité de jeu va s’amplifier. Les deux joueurs sont désormais à leur meilleur niveau. Les échanges s’allongent, finissant par des points gagnants. Les fautes se raréfient. Les tennismen se rendent coup pour coup. Rafa conserve son avantage d’avoir servi en premier, Federer restant dans le match sur chacun de ses jeux de service.

Nouveau tie-break ! Quelle ambiance ! Le public est partagé. Pas moi… Vamos Rafa ! Les joueurs perdent tour à tour leurs points de service. Le premier à se reprendre : Rafa. Il mène 4-1. A trois points du match… Je t’en prie, gagne tes points de service et tu seras couronné.

Cinq points à deux, deux services à suivre. Tu y es presque, Rafa. Seulement, en face, c’est Roger Federer, le n°1 incontesté. Double faute. Oh non ! Pourvu que la peur de gagner ne prenne pas le dessus…

Une nouvelle faute, un revers dans le filet, et voilà le Suisse qui recolle au score : 5-4, service à suivre. 5-5 ! Oh non ! Resaissis-toi, Rafa. Tu es à deux points du match. Tu peux le faire !

Raté, balle de set pour Roger. C’est terrible ! Un long échange s’engage. Rafa pillonne le revers du Suisse. Sauvée ! Changement de côté. L’Espagnol boit une gorgée d’eau en prenant soin de bien repositionner chacune de ses bouteilles. Au millimètre près. Sa façon de se concentrer.

Nadal revient sur le court au trot comme il en a si souvent l’habitude. L’échange est intense. Faute ! Yes ! Vous l’avez compris, Federer a sorti la balle. Il conteste. Mais l’image sur l’écran confirme la sanction. Balle de match ! Allez !!!!!!

Service gagnant ! Les deux champions se rendent coup pour coup. 7-7. Roger monte au filet. Et là, Rafa sort un coup incroyable : une balle long de ligne qui mystifie Federer. Nouvelle balle de match ! Je croise les doigts.

8-7 pour Nadal et c’est à lui de servir. Sa première balle est dirigé sur le revers de son adversaire, qui la retourne mi-court. Rafa monte au filet ! Et… Et… Le Suisse tire un passing-shot de revers le long de la ligne. Hors de portée de Rafa. Ce n’est pas croyable ! Dos au mur, le maître des lieux sort son meilleur coup du match.

Roger continue sur sa lancée. Il conclut le point suivant par un coup droit croisé. 9-8, balle de set, service à suivre. Première balle : faute ! “Aaaah”, réagit une grande partie du public, qui souhaite un cinquième set. Leur voeu est exaucé : le retour de service de Rafa est trop long. Deuxième tie-break pour Federer qui égalise à deux sets partout. Le match repart de zéro ! Chapeau, champion. Tout va se jouer dans le dernier set. Vamos !

Vidéo : Un jour, un match culte sur Tennis Play TV

La rencontre bascule alors dans une autre dimension. Le niveau de jeu demeure exceptionnel. Le suspense atteint les sommets. Roger Federer est le premier à servir. Un bel avantage. C’est reparti… Je ne peux imaginer que Rafa perde pour la deuxième année consécutive au terme du set ultime. Y croire, encore et toujours.

Tout au long de ce set, Nadal va tenir son service. Encore et encore. Il n’a pas le choix. Deux partout. Le vent se lève. Et le ciel s’assombrit plus, si cela peut être possible… Il pleut ! Federer demande un arrêt de jeu, accepté par l’arbitre. A qui cette nouvelle interruption va-t-elle profiter ?

Pas aux téléspectateurs de Canal Plus. Car, au vue de l’heure avancée, la chaîne décide de diffuser la fin de la rencontre sur Canal + Sport que moins d’un tiers de ses abonnés ne possède. A ma grande frustration, l’hôtel n’a pas cette chaîne. Pas d’autre choix que de reprendre le chemin de mon domicile pour suivre la fin de la rencontre… depuis mon ordinateur, sur le direct, point par par point, du site du tournoi.

Le jeu a repris au bout d’une demi-heure. Le temps de faire le trajet et de m’installer, lorsque je me connecte au site, Roger mène 4-3 et 40-30 sur le service de Rafa. Balle de break ! Non, ce n’est pas possible…

Contrairement à ce qu’il a fait depuis le début du match, l’Espagnol ne cherche pas le revers de son rival mais joue directement sur lui, l’obligeant à un retour inconfortable. Et il remet ça. Il le surprend de nouveau en jouant sur son coup droit. Roger renvoie la balle in extremis en lob. Nadal écrase alors la balle, qui finit dans les sièges du court central. Il brandit le poing. Il gagne les deux points suivants. 4-4. Les “Rafa ! Rafa !” répondent au “Roger ! Roger !”

A 5-4 pour Federer, Nadal ne se trouve pas seulement dans l’obligation de gagner son service mais dans celle de sauver le match. Même si ce n’est pas son point fort, il a su se montrer suffisamment sûr de lui pour égaliser. Le temps au cours duquel le score est suspendu sur mon écran d’ordinateur est un véritable supplice. Et ce n’est pas fini.

Au jeu suivant, le n°2 mondial se procure deux balles de break. Sur la première, le temps d’attente de l’affichage est raccourci car Roger sert un ace et un autre service puissant ! Il vire en tête : 6 jeux à 5.

Rafael Nadal, vainqueur de Wimbledon en 2008

Et cela continue. 6 partout. 7 partout. Je m’imagine le clan espagnol exhortant son champion. Il est composé, entre autres, de la famille Nadal : Sebastian, le père ; Ana Maria, la mère ; Maribel, la soeur ; Toni, l’oncle et coach ; Maria Francisca, la petite amie. Tous pour un !

15-40, le score a mis du temps à s’afficher, mais il est là. 15-40, cela signifie deux nouvelles balles de break pour mon chouchou. Mais là, en deux temps trois mouvements, le score s’est actualisé : 40 partout.

Roger efface une troisième balle de break. Que d’occasions ratées. Je ne peux pas croire que Rafa laisse échapper ce match. Cela serait trop cruel. Pas ça ! Je crains que si les deux joueurs reviennent à nouveau à égalité, l’arbitre n’interrompe le match et remette au lendemain le dénouement.

J’imagine l’Espagnol impatient de finir. La preuve, sur le premier point, Nadal monte au filet. Et il récidive sur le deuxième. Cela lui porte chance. Il mène 30-15. Sur le suivant, il rattrape une balle qui serait sortie. 30-30. Moment d’intense émotion. Quel va être le prochain score à s’afficher à l’écran ? Je suis debout devant mon ordi, appuyant frénétiquement sur F5 pour rafraîchir le déroulé du score. Le temps me paraît long… 40-30 ! Troisième balle de match.

Que sauve Roger Federer. Ce match est complètement fou, ahurissant, sensationnel. Tous les ingrédients y sont pour en faire l’un des plus grands de l’histoire du tennis.

Rafa choisit de servir un premier service lifté sur le coup droit de Roger, qui l’effleure du bout de sa raquette. Pas suffisant pour le renvoyer. Quatrième balle de match. Federer frappe une balle à mi-court en étant mal placé. Elle atterrit dans le filet. Chez moi, en région parisienne, cela se traduit par la disparition à l’écran du score. Je mets un temps à comprendre que cela signifie que le match est terminé. Rafael Nadal vient de conclure victorieusement ce match de légende 9 jeux à 7 au terme d’un combat de 4h47. Un record.

Rafael Nadal et Roger Federer à Wimbledon en 2008

La suite, j’ai dû attendre le journal télévisé du soir pour voir les premières images. Celles de Rafael Nadal tombant sur le Centre Court de Wimbledon les bras en croix. Se hissant parmi les sièges pour escalader un mur afin de rejoindre ses proches. Se jetant en larmes dans les bras de son père, en larmes lui aussi. Comme tout le clan Nadal, qui se tenait très fort enlacé les uns aux autres.

Se saisissant d’un drapeau espagnol, Rafael a marché sur le toit de la cabine des commentateurs pour aller saluer le couple princier espagnol, Felipe et sa femme Letizia. Il était sur le toit du monde. Ce soir-là, le meilleur joueur de tennis au monde s’appelait Rafael Nadal et ce, après un match d’anthologie.

Rafael Nadal, avec le couple princier espagnol à Wimbledon en 2008

Vidéo : le résumé de la finale