J.R. Ewing, le héros qu’on aimait détester

Dallas, son univers impitoyable

Janvier 1981. Un titre barre la une de magazine télé qu’achètent mes parents : “Dallas, le feuilleton qui a passionné le monde entier”. En illustration, la photo du casting de la série américaine, avec Larry Hagman et Patrick Duffy, entre autres. Pas question de rater la diffusion du premier épisode de la saga texane sur TF1, dont le monde entier parle. L’attente est énorme.

La famille Ewing au grand complet

Samedi 24 janvier 1981, 21h40. Le grand soir est arrivé. Je suis confortablement installée devant le téléviseur aux côtés de ma mère, impatiente de découvrir les aventures de la famille Ewing. C’est alors que retentissent les paroles du générique français : “Dallas, ton univers impitoyable. Dallas, glorifie la loi du plus fort. Dallas, et sous ton soleil implacable. Dallas, tu ne redoutes que la mort.” Tout un programme !

Apparaissent par ordre alphabétique les portraits des acteurs. Barbara Bel Geddes, qui joue Miss Ellie, la mère Ewing. Jim Davis, l’interprète de Jock Ewing, le patriarche. Patrick Duffy, alias Bobby, le frère de J.R. Linda Gray, qui prête ses traits à Sue Ellen. Larry Hagman est J.R., le fils aîné. Steve Kanaly campe Ray Krebbs, le régisseur du ranch Southfork. Victoria Principal donne vie à Pamela Barnes-Ewing. Et enfin, Charlene Tilton, la plus jeune de la famille, Lucy.

Vidéo : le générique de la série Dallas, 1978

Plantons le décor. Au ranch de Southwork vit une richissime famille texane. A la tête du clan, Jock et Ellie. L’empire est basé sur le bétail et, surtout, le pétrole. Le fils aîné, John Ross dit J.R., reprend le flambeau des affaires et se révèle cynique et sans aucuns scrupules. Il est marié à Sue Ellen, une ancienne miss Texas.

Quand son frère Bobby rentre à la maison après avoir épousé Pamela, la fille de Digger Barnes, l’ennemi juré du patriarche, un conflit ne tarde pas à éclater. On apprend aussi dans ce premier épisode que Ray, le régisseur, et ex-petit ami de Pamela, entretient une liaison avec Lucy, la petite-fille de Jock et de Ellie. Bref, vous l’avez compris, tous les ingrédients classiques d’une saga sont présents : argent, amour, haine, coucheries, trahisons.

Chaque samedi, nous sommes plus de dix millions de Français à succomber à cet univers impitoyable. Semaine après semaine, nous adorons détester J.R., nous émouvoir des déboires du gentil Bobby, nous désoler de l’alcoolisme de Sue Ellen, trompée par son infâme mari. Après les téléspectateurs américains, qui la suivent depuis le 2 avril 1978 sur CBS, nous nous passionnons pour les tribulations de cette famille.

En France, il faut attendre la rentrée 1982, après la pause estivale, pour découvrir l’épisode final de la saison 3, au cours duquel le héros reçoit deux balles en pleine poitrine. Sa diffusion aux Etats-Unis, le 21 mars 1980, a attiré entre 80 et 110 millions de téléspectateurs. Une telle audience représentait plus de 34,5% de la population !

Pour avoir la réponse à ce cliffhanger retentissant, les fans américains ont attendu huit mois. Ce terrible suspense crée un buzz énorme. Au cours de l’été, des tee-shirts sont imprimés avec “Who shot J.R. ?” puis “I shot J.R.”. Et durant la campagne présidentielle de 1980 entre Ronald Reagan et Jimmy Carter, un badge est sorti avec l’inscription “A democrat shot J.R.” ! Jusqu’au bout, l’identité du meurtrier est gardé secrète par les scénaristes.

En France, l’attente est écourtée, TF1 décidant de diffuser la saison 4 dans la foulée. La popularité de la série, toujours programmée en seconde partie de soirée, est à son summum. Et nous sommes fort nombreux devant notre petit écran à espérer le retour de J.R. Le nom du coupable est dévoilé lors du quatrième épisode. Il s’agit de… Kristin Shepard, belle-soeur et maîtresse de J.R, qui se remet de cette tentative d’assassinat.

L’engouement ne se dément pas. A un point tel qu’en janvier 1983, la chaîne repousse le Droit de réponse de Michel Polac à 22 heures et offre la case du prime time à la série afin de concurrencer Antenne 2 et Champs-Elysées. Chouette !

Malheureusement, le succès du show de Michel Drucker s’amplifie et crée l’événement. Et le 11 janvier 1984, Dallas quitte la grille du samedi soir pour basculer au mercredi. La série est alors programmée sans discontinuité jusqu’au 26 juin 1985, toujours à 20h45, date de diffusion du 14e épisode de la 8e saison. À noter une prouesse pour l’époque : seuls six mois séparent la diffusion des aventures aux États-Unis et en France.

Septembre 1985, les amateurs français de la série, dont je fais toujours partie, sont sous le choc : TF1 cesse la diffusion d’épisodes inédits et se contente de rediffuser les 186 premiers épisodes au quotidien à 13h50. Pour revoir Larry Hagman et Linda Gray en prime time d’une chaîne hexagonale, il faut regarder Antenne 2 et l’émission de Michel Drucker qui les convie sur son plateau. Quel scoop !

Vidéo : Larry Hagman et Linda Gray, reçus par Michel Drucker dans Champs Elysées

Alors que TF1 est en voie d’être privatisée, Dallas revient à l’antenne, le mardi cette fois. Le 6 janvier 1987 est diffusé le premier épisode de la saison 9. Sans Patrick Duffy puisque Bobby Ewing est mort à la fin de la saison précédente après avoir été renversé par une voiture conduite par son ex-belle-soeur, Katherine Wentworth. L’acteur ayant décidé de quitter la série, son personnage disparaît. Personnellement, Dallas perd beaucoup de son intérêt maintenant que mon personnage préféré n’est plus là.

De juin à la mi-août 1987, la série récupère son traditionnel mercredi pour les ultimes épisodes de la saison. Dans l’épisode final réapparaît… Bobby, sous la douche, qui salue sa femme comme si de rien n’était. Car, en fait, sa mort, et la globalité de la saison, n’a été qu’un mauvais rêve de Pamela ! De qui se moque-t-on ! Cet étonnant rebondissement des aventures de la famille Ewing sur la Une est le dernier programmé par la chaîne, car les droits de diffusion de Dallas sont rachetés par La 5. Cela sera sans moi...

Pour suivre la saison 10, c’est donc désormais sur la chaîne de Silvio Berlusconi qu’il faut se brancher. Et ce, dès janvier 1988, le samedi, à 20h45, à raison de deux épisodes par soirée. Mais le succès n’est pas vraiment au rendez-vous, La 5 déplace la série aux dimanches à 19h10, à compter du 3 avril. La chaîne en mal d’audience - et d’émetteurs - ira cependant au terme de la saison, le 26 juin 1988.

La série mythique disparaît alors des écrans français. TF1 préfère mettre à l’antenne le spin off, Côté Ouest, qui relate la vie de Gary et de Val, les parents de Lucy.

Sept ans plus tard, Dallas fait son grand retour sur la première chaîne, puisque TF1 décide de programmer l’intégralité des 357 épisodes. Une première française car les quatre dernières saisons sont demeurées inédites. Du 3 avril 1995 au 2 décembre 1996, la série est proposée à 14h30. Jusqu’au fameux couac…

Dans les programmes télé, la diffusion du tout dernier épisode est annoncée pour le lundi 2 décembre. Seulement, contre toute attente et aucun respect pour les téléspectateurs, TF1 enchaîne les deux parties du double épisode final le vendredi 29 novembre !

Les fans de la série, dont une majorité enregistrait ces épisodes inédits, appellent sans relâche le standard de la chaîne au cours du week-end pour faire part de leur mécontentement.

Devant le tollé général, la direction de TF1 prend la décision de programmer à nouveau la deuxième partie de l’ultime épisode le lundi, comme prévu initialement. Ce jour-là, trois millions de Français disent au revoir à l’infâme J.R.

Il faudra attendre le 22 juin 2013, soit seize ans plus tard, pour revoir un épisode inédit en France avec le lancement de Dallas (2012), mettant en vedette John Ross et Christopher, les fils respectifs de J.R. et de Bobby, qui poursuivent les querelles de leurs pères. La série renaît de ses cendres. A Dallas, l’univers est toujours aussi impitoyable…

Vidéo : Larry Hagman reçu par Michel Drucker en mars 2011

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