Finale de la coupe du monde de rugby 2011

La France si près de l’exploit

8-7, tel est le score de la finale de la 7e édition de la coupe du monde de rugby opposant la France à la Nouvelle-Zélande. Deuxième sacre pour les All Blacks. Troisième échec des Bleus dans leur quête du titre suprême. Par le plus infime des écarts. Pas faute de les avoir encouragés tout au long de l’épreuve.

Thierry Dusautoir et les Français passés tout près de la coupe Ellis Webb

L’équipe de France a connu un parcours chaotique. Mettant les nerfs de ses supporters à rude épreuve. Elle s’est qualifiée de justesse après les matchs de poule. Battue par la Nouvelle-Zélande (déjà) et le Tonga, surtout. Elle a devancé cette dernière nation grâce aux bonus offensifs pour la deuxième place du groupe A.

En quarts de finale, la France s’est joué de son ennemie jurée, l’Angleterre (19-12). Et en demi-finale, elle a tenu bon face au pays de Galles (9-8), après un match très difficile, marqué par le plaquage cathédrale du capitaine gallois Sam Warburton sur Vincent Clerc à la 18e minute. Ce qui lui faut un carton rouge et de laisser ses coéquipiers finir la rencontre à 14.

De son côté, l’équipe néo-zélandaise s’est montrée exemplaire, étant la seule à demeurer invaincue. Aussi, c’est peu dire qu’elle est hyper favorite en ce dimanche 23 octobre 2011, d’autant plus qu’elle va bénéficier du soutien de son public.

Avant le début de la finale, les observateurs ne donnent effectivement aucune chance aux Français face au pays organisateur dans leur antre d’Eden Park, à Auckland. Les Blacks comptent bien corriger les impétueux Coqs qui les avaient battus lors des éditions 1999 et 2007.

L’affrontement commence dès le haka traditionnel des Néo-Zélandais. Main dans la main, fixant leurs adversaires droit dans les yeux, les Français avancent groupés. Certains d’entre eux allant jusqu’à franchir la ligne médiane, se tenant à moins de dix mètres de leurs rivaux, faisant fi du règlement de l’International Rugby Board.

Vidéo : le haka néo-zélandais en ouverture de la finale

A la 6e minute, Piru Weepu manque l’occasion d’ouvrir le score en ratant la première pénalité. Sa tentative passe largement à gauche des perches. Les Bleus, aujourd’hui tout en blanc, ne s’en laissent pas compter et dominent l’entame du match.

Coup dur pour l’équipe de France. A la 12e minute, un coup de genou de Richie McGaw cueille à froid Morgan Parra. L’ouvreur français sort du terrain momentanément. François Trinh-Duc rentre alors sur le terrain.

Rien ne va plus. Quelques instants plus tard, le pilier Tony Woodcock trouve la faille dans l’alignement en touche français et, sans opposition, inscrit le premier essai de la finale (5-0, à la 15e minute). C’est du délire dans le stade.

Seule petite éclaircie, Piru Weepu rate la transformation. Comme dirait Roger Couderc : “Allez, les Petits”. Reprenez-vous. Tout reste à faire.

Parra tente de reprendre la partie. Mais il n’est plus en possession de tous ses moyens. Il est obligé de quitter ses partenaires. Il cède sa place définitivement à la 23e minute à François Trinh-Duc.

Après avoir perdu leur buteur, qui avait réussi un sans-faute en demi-finales, les Français passent un sale quart d’heure. Il se font souvent pénalisés, surtout en mêlée. Les Blacks s’installent dans leur moitié de terrain mais la défense tient bon.

Grâce au manque de réussite de Weepu dans ses coups de pied - troisième échec en une demi-heure - les Blancs se maintiennent à flot. Et c’est au tour des Néo-Zélandais de perdre sur blessure leur ouvreur. Aaron Cruden quitte le terrain à la 34e minute. Remplacé par Stephen Donald, dont c’est la première sélection. Quel baptême du feu !

A l’approche de la mi-temps, les Français font le forcing. Trinh-Duc rate un drop. Une offensive est stoppée par un en-avant. Sur une autre, les Néo-Zélandais, hors jeu, ne sont pas sanctionnés et finissent par récupérer le ballon. Puis le capitaine Thierry Dusautoir est pénalisé dans la zone de plaquage. Et pour finir, Vincent Clerc, alerté sur son aile, tape à suivre… Malheureusement, cela finit en touche.

Sans s’être montrés transcendants, les All Blacks virent en tête. Mais, malgré leur maladresse, les Français restent au contact. Les hommes de Marc Liévremont gardent intactes leurs chances de l’emporter. Les huit mille supporters français présents dans l’enceinte y croient encore.

Très vite, après la reprise, le XV de France bénéficie d’une pénalité en bord de touche, mais Dimitri Yachvili échoue. Le compteur français demeure bloqué à zéro.

Les Néo-Zélandais, eux, ne ratent pas l’occasion de creuser l’écart. Suite à une faute de Pascal Papé sur un ruck, le remplaçant Stephen Donald ajoute trois points à l’avance des Blacks. Et, comme souvent, c’est au moment où on croit les Français au trente-sixième dessous qu’ils réagissent.

Trinh-Duc intercepte une balle. Il trouve en soutien Yachvili. Puis Maxime Médard qui stabilise l’offensive et transmet à Aurélien Rougerie. Les trois-quarts trouvent leur capitaine Thierry Dusautoir. Intercalé, il aplatit aux pieds des poteaux. Essai que Trinh-Duc transforme. La France revient à un point de la Nouvelle-Zélande (8-7). On reprend espoir. Allez !

Si dans un premier temps, les Blacks monopolisent le cuir, ils ne progressent pas pour autant dans le camp adverse. La défense fait bloc. Dans le combat, ce sont les Français les plus forts, faisant reculer le pack néo-zélandais.

A la 66e minute, François Trinh-Duc tente une pénalité depuis la ligne médiane. Le ballon file à droite des poteaux. Décidément, les buteurs ne sont pas en veine dans cette finale. La France court toujours après le score.

Les Néo-Zélandais sont asphyxiés mais ils sont prêts à mourir sur le terrain pour défendre ce précieux point d’avance. Ils repoussent toutes les offensives françaises. Dans les rucks, ils se montrent souvent limites, plongeant allégrément, mais ils ne sont pas pénalisés grâce à un arbitrage maison de l’Africain du Sud Craig Joubert.

Il reste dix minutes à jouer. Les Français gardent la main mise sur la rencontre. Ils font le pressing, alignant action de jeu sur action de jeu. Les Kiwis s’arc-boutent en défense et ne craquent pas.

La tension est palpable. Aussi bien dans les tribunes que sur le terrain. Les Blacks enchaînent les pick and go. Au jeu du cache-ballon, les Français sont perdants. Ils attendent une pénalité en leur faveur, qui ne viendra pas…

Au contraire, sur une dernière pénalité en la faveur de son équipe, l’ouvreur Stephan Donald botte en touche. Sur le lancer, les Néo-Zélandais font un point de fixation dans l’attente du coup de sifflet de final.

Au grand soulagement de leur capitaine Richie McCaw et de toute une nation, Craig Joubert siffle enfin. Pour la deuxième fois de son histoire, la Nouvelle-Zélande est championne du monde. Elle succède à l’Afrique du Sud et remettra en jeu son titre dans quatre ans en Angleterre.

Les joueurs français se tiennent la tête entre les mains. Ils ont été à la hauteur de l’événement mais à la fin, ils sont vaincus. Ils n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. Le coup est passé si près.

Vidéo : le résumé de la finale