Cyclisme : un champion au caractère bien trempé

1981, Bernard Hinault remporte Paris-Roubaix

Le 12 avril 1981, pas question de rater la retransmission télévisée de la classique cycliste Paris-Roubaix. L’un des favoris est mon chouchou, le Français Bernard Hinault. Tout au long de l'après-midi, je vais vibrer. Avec le maillot de champion du monde sur le dos, va-t-il parvenir à remporter L’Enfer du Nord ?

Bernard Hinault sur les pavés de la classique Paris-Roubaix en 1981

A l’époque, le dimanche après-midi, le cyclisme est à l’honneur sur l’antenne de TF1 dans le cadre de l'émission Sport Dimanche. Pour Paris-Roubaix, une victoire de Bernard Hinault est espérée, même si, selon lui, “cette course est une hérésie”. J’y crois !

Je suis la carrière de ce champion hors norme, surnommé le Blaireau, depuis 1978 et sa victoire au championnat de France. J’aime son fort caractère : il ne mâche pas ses mots, possède une rage de vaincre exacerbée et relève les plus grands défis, comme l’atteste sa victoire au championnat du monde en 1980, à Sallanches, devant le public français.

Ce n’est pas que Bernard Hinault n’aime pas cette classique mythique, c’est plutôt qu’elle arrive tôt dans la saison pour celui qui se prépare pour remporter le Tour de France en juillet. L’année précédente, il a fini l’épreuve au pied du podium, à la 4e place, et a remporté l’étape du Tour, qui empruntait des secteurs pavés de Paris-Roubaix, à Lille.

Vidéo : Bernard Hinault évoque la mythique classique Paris-Roubaix

Pour espérer triompher à Roubaix, il faut éviter, dans la mesure du possible, les crevaisons et se relever des chutes sans dommage. Eh bien, le champion breton réalise tout ça ! Il subit ainsi trois chutes, dont une provoquée par un caniche qui a échappé à la vigilance de son maître à dix kilomètres de l’arrivée alors qu’il est en tête. Je suis effondrée...

Pas Bernard Hinault ! Malgré la douleur, il repart de plus belle, la rage au ventre. Il écrase les pédales et regagne le groupe d’échappés où figurent, entre autres, Roger de Vlaeminck (vainqueur en 1972, 1974, 1975, 1977), Marc Demeyer (vainqueur en 1976) et Francesco Moser (lauréat des trois dernières éditions). Non mais ! Ça, c’est le Blaireau ! Je reprends espoir...

Le Belge Roger de Vlaeminck entre dans le vélodrome dans la roue de son coéquipier le Néerlandais Hennie Kuiper. Sous les clameurs de la foule, Bernard Hinault ne s’en laisse pas compter et, avec hargne, prend la tête du groupe. J’en peux plus devant mon téléviseur...

La ligne d’arrivée est à quatre cents mètres et le Français fait parler sa puissance. En danseuse, il accélère progressivement. Il ne se désunit pas et repousse l’assaut du Belge Marc Demeyer. A la sortie du dernier virage, le champion du monde est toujours en tête continuant à enrouler son braquet énorme. Allez, Bernard ! Je suis debout...

Dans les derniers mètres, Roger de Vlaemink tente une ultime remontée. Peine perdue. Devant, c’est Hinault, un champion à l’orgueil démesuré qui veut trop cette victoire pour clouer le bec à ses détracteurs. Il s’impose devant les meilleurs spécialistes du genre. A l’arrivée, le dernier vainqueur français, en 1956, Louison Bobet le félicite. Bravo !

Vidéo : des images de la victoire de Bernard Hinault à Paris-Roubaix

Sur le plateau de TF1, le journaliste Bernard Giroux indique au reporter présent à Roubaix, Jean-Michel Leulliot, qu’il a encore l’antenne pour cinq minutes. C'est suffisant pour recueillir la réaction à chaud du Breton sous les acclamations du public, qui scande son nom. J’en fais de même ! Quel champion ! Mon champion...

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